26/01/2008

Moi, Caramelle

Moi, Caramelle, je suis une vraie fille. Pour obtenir une grâce, une caresse, un bout de pain, je peux faire n'importe quoi, minauder, bouder, prendre une pose alanguie sur ma couche, faire la belle, pleurnicher jusqu'à ce qu'on me cède. En tant que fille, j'aime aussi immodérément les cosmétiques. Sachez, jeunes femmes, qu'il n'y a nul endroit où vous pourrez dissimuler vos mains tout juste enduites de crème hydratante. Dans votre dos, dans vos poches, ou jusque dans vos manches, je me fraierai un passage de mon museau inquisiteur pour léchouiller le produit à même votre peau, et tant pis pour vous si c'est votre visage qui a fait l'objet de tous vos soins. Mais par-dessus tout, je m'affirme en tant que fille à travers ma passion incontrôlée pour les sacs. Cette passion, au début, m'est venue au marché, avec tous ces gens qui se reconnaissent, se saluent et s'arrêtent pour discuter en laissant leur panier juste à la hauteur de ma truffe. Vous ne pouvez pas savoir le nombre de fois où j'ai pu ainsi glisser mine de rien mon nez entre les carottes et les navets, dans une foule si compacte que personne ne fait attention à moi mis à part ma maîtresse qui n'a en fait pas la place de m'écarter de l'objet du délit. Mais attention, je ne touche à rien, je ne lèche pas, n'avale encore moins quoi que ce soit. Non, moi, ce qui m'intéresse, c'est de mettre la tête dans le sac afin d'en inspecter le contenu. Une fois l'inspection accomplie, je passe mon chemin jusqu'au sac suivant. Car ce n'est pas parce qu'on ne cherche rien qu'il est interdit de vérifier si cela s'y trouve - demandez donc à n'importe quel douanier ! Seulement, ma passion ne s'arrête pas au panier de la ménagère. Il suffit qu'une jeune fille passe sur le trottoir en balançant du bout des doigts un petit sac mode pour que j'oublie tout autour de moi : il faut que j'aille y mettre la truffe, quitte à me faire écraser par une automobile. C'est ainsi que l'autre jour une dame que nous avons croisée a cru avoir échappé de justesse à une nouvelle forme de vol à la tire. Il faut la comprendre : quand on s'est précipité sur elle, ma maîtresse et moi, et que ma maîtresse a posé brusquement sa main sur ma tête qui était déjà tout près du sac sans regarder la dame, sans répondre à son bonjour, et avec un air complètement affolé, elle s'est forcément posé des questions. Enfin pour finir, je me permets de lancer un appel : mon rêve de luxe absolu serait de pouvoir un jour renifler un Vuitton. Alors la prochaine fois que vous passez dans les beaux quartiers, si vous pensez à moi, je promets de partager avec vous tous mes trucs de fille pour faire céder un homme à tous les coups.

14:09 Écrit par Caramelle dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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